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  • Transformer son sac à dos en sac à outils : Le rétablissement d’un trouble alimentaire

    TRANSFORMER SON SAC À DOS EN SAC À OUTILS : LE RÉTABLISSEMENT D’UN TROUBLE ALIMENTAIRE

    Les troubles du comportement alimentaire sont complexes et multifactoriels. Les facteurs qui prédisposent une personne à développer un enjeu avec l’alimentation sont à la fois sociaux, individuels et familiaux. Chez Arrimage Estrie, nous utilisons l’image du sac à dos pour représenter cette complexité.

    CHAQUE SAC EST UNIQUE

    Chaque personne porte un sac à dos qui se remplit progressivement d’expériences de vie. Ces expériences interagissent avec la personnalité, la famille, et le contexte social dans lequel la personne vit. Le sac s’alourdit lorsque la personne n’a pas les ressources pour gérer les situations difficiles auxquelles elle doit faire face. Lorsque les situations difficiles s’accumulent, il est plus difficile d’atteindre les ressources et les outils dans le sac. C’est comme chercher un stylo au fond d’un sac à main bien rempli – il est difficile d’accès : on peut le chercher longtemps, vivre de la frustration ou abandonner la recherche complètement.

    Évidemment, il n’y a pas un sac qui ressemble à une autre. Chaque personne est unique quant à sa perception et l’intégration de ses expériences de vie. Le trouble alimentaire apparaît lorsque le sac à dos devient trop lourd; lorsqu’un élément difficile fait déborder le sac déjà trop plein.

    RÉORGANISER SON SAC

    Pour une personne qui vit avec un trouble du comportement alimentaire (TCA), le processus de rétablissement consiste à explorer et réorganiser son sac à dos pour le transformer en sac à outils. Pour y arriver, la personne doit d’abord se rendre compte qu’elle vit un problème. Parfois, cette prise de conscience passe par une hospitalisation, un retrait du travail, des difficultés dans le couple ou dans la famille. Peu importe le catalyseur, le processus de rétablissement commence lorsque la personne fait face à sa réalité et décide de regarder le contenu de son sac à dos.

    CHACUN SON RYTHME

    Mais attendez! On ne vide pas un sac à dos d’un coup! Le processus de rétablissement se fait à petits pas, au rythme de la personne, en fonction de ses forces, ses besoins et ses valeurs. Comme le sac à dos est rempli d’une panoplie de facteurs, sa réorganisation touche à toutes les sphères de vie : la conception de soi, les relations familiales, les relations amoureuses, la relation avec la nourriture et l’activité physique, la perception des pressions sociales quant à l’apparence et la performance, etc.

    Seule la personne à qui appartient le sac à dos peut décider par où et quand commencer dans ce projet de transformation. Le rétablissement est donc un processus unique à chaque personne. Chaque individu va explorer le contenu de son sac à dos d’une façon particulière et faire appel à différentes personnes et ressources pour soutenir sa démarche.

    SOUTENIR QUELQU’UN

    Pour les proches d’une personne en rétablissement d’un TCA il est parfois difficile d’être témoin de la réorganisation du sac à dos. Il y a des moments difficiles et souffrants, où la personne semble terriblement encombrée par le contenu de son sac. Le réflexe des proches est souvent de vouloir prendre la réorganisation en charge, d’aider l’être cher à faire le tri pour alléger le poids. Cet instinct de vouloir aider l’autre est naturel, mais ce n’est pas ce dont la personne en rétablissement a besoin. Elle a besoin d’écoute, d’encouragement, de soutien inconditionnel et de non-jugement. Sans prendre le sac de l’autre, offrir son soutien est la meilleure façon d’alléger sa charge. En fait, le proche devient une ressource positive dans le sac.

    UN PROJET À LONG TERME

    Le travail de réorganisation du sac à dos est un projet à long terme; c’est un travail à la fois difficile et gratifiant. Chaque élément éliminé allège le sac et chaque outil bien rangé est plus facile d’accès. Mais comme tout projet à long terme, il y a des moments où la personne a l’impression que rien n’avance et que la tâche est insurmontable. Dans ces moments sombres, la personne fait face aux deux grands ennemis du rétablissement : l’impuissance et le désespoir. L’espoir est le carburant du processus de rétablissement, c’est la croyance que la vie peut s’améliorer et que le sac à dos peut devenir léger et utile.

    NOURRIR L’ESPOIR

    Trouver des stratégies pour nourrir l’espoir est un élément essentiel dans la transformation du sac à dos. Que ce soit de parler à une personne de confiance, être inspiré par quelqu’un qui a accompli quelque chose d’extraordinaire ou de partager son vécu dans un groupe, il est important de trouver le moyen de reconnecter avec l’espoir dans les moments difficiles.

    À tous ceux et celles qui vivent avec un sac à dos trop lourd en ce moment, rappelez-vous que les groupes de soutien sont des lieux privilégiés pour entretenir l’espoir. Le groupe de soutien est une espace sécurisant où toutes les personnes sont engagées dans le même projet : aller mieux et se libérer de la lourdeur du TCA.

    Sarah Frost, Responsable des services TCA à Arrimage Estrie

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  • J’ai été invincible, mais je suis devenue invisible

    En voyant la semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires arriver à grands pas, je me suis questionnée. Comment pourrais-je contribuer à ma façon pour diminuer les préjugés entourant les troubles de l’alimentation? Je ne peux pas le nier, c’est un sujet tabou. Par peur du jugement ou d’incompréhension, ceux qui en sont touchés osent peu en parler, moi y comprise.

    Oui. Moi, Camille, la performante dans tout, celle qui travaille sous pression, celle qui voulait atteindre un idéal, a été prise au piège du trouble alimentaire. Au début, on se croit invincible, mais au final, on devient invisible.

    Pour moi, le trouble alimentaire a été une sorte de béquille, dans mon besoin de contrôler l’incontrôlable.

    C’était bien plus qu’une question de poids. En fait, j’avais seulement l’impression de ne jamais être enough. Je n’étais pas parfaite, et je m’autocritiquais à la moindre chose. Je me suis tellement impliquée dans plein de projets, pour essayer de trouver ma place.

    À un moment donné, mon poids a fait une chute libre. Cette illusion de contrôle a laissé place à des distorsions pas le fun. Mon cerveau n’avait pas assez d’énergie et de sucre pour fonctionner. Je me disais que ce n’était pas bien grave de juste manger une pomme en guise de déjeuner. Mais oui, c’était grave.

    Plus on perd du poids, plus on veut en perdre. C’est une maladie, on oublie souvent que c’est un trouble de santé mentale. Ce n’est pas un caprice. Dans mon cas, c’était mon petit secret. J’avais honte de me restreindre de manger. J’avais peur des repas un peu trop copieux, alors que c’est l’essence de notre machine; notre corps.

    Maintenant, c’était la question du comment. Comment guérir? Comment ne plus avoir peur des kilos? Comment arrêter de me peser plusieurs fois par semaine? Comment réapprivoiser les 5 groupes alimentaires?

    Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain, non. Mais tranquillement, j’ai réalisé que la partie malade de moi-même n’est pas celle qui va réaliser ses rêves.

    Mes rêves, quels étaient-ils? Donner du sang. À la fois simple, mais tellement symbolique.

    Depuis que j’ai 15 ans, je parle à mon entourage de mon rêve de donner du sang: je l’ai même inscrit à ma « bucket list ». Le trouble alimentaire a pris le dessus pendant une période de ma vie. À ce moment-là, je me disais que l’année de mes 18 ans, j’aimerais beaucoup donner du sang.

    C’est devenu une motivation, un objectif positif à ma reprise de poids.

    Je me suis rappeléw que pour donner du sang, on doit être en santé et peser plus de 50 kilos. De cette façon, j’ai pu entrevoir mon rétablissement. J’ai transformé mes pensées négatives en pensées positives, en me disant que le poids que j’allais prendre serait constructif. Que le jour où je donnerais du sang, ce serait un symbole de guérison, ou du moins, que je serais sur la bonne voie. Ces pensées positives ont donné lieu à des gestes concrets pour mon rétablissement.

    J’ai effectué mon premier don de sang le 21 avril 2015. J’étais tellement heureuse! Je conserve ma carte de donneur précieusement. Je devais être l’une des rares personnes à sourire et à jaser tout le long du don! Parce que non seulement mon don a contribué à sauver 4 vies, mais il m’a aussi aidée à sauver la mienne.

    Camille Fortin

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